L'Arpet vous conseille ! - Laurent Mauvignier

Raccourcis Pictos (YaKaLire)

L’Arpet (Association des Retraités, Préretraités et Eloignés du Travail) se réunit toutes les 6 semaines autour de ses lectures.

Ses membres ont lu, apprécié ou non Laurent Mauvignier, ils vous conseillent quelques romans.

Laurent Mauvignier est né à Tours en 1967. Il a publié plusieurs romans, des textes pour le théâtre et écrit pour la télévision et le cinéma.

 

Des hommes

OPAC Détail de noticeIl s'appelle Bernard mais tout le monde en ville le surnomme Feu-de-Bois, tellement l'odeur âcre du charbon, du tabac, de la crasse, de l'alcool et de la négligence ont imprégné son grand corps d'homme de 63 ans à la dérive. Tous se méfient de lui, de son regard mauvais, de ses gestes erratiques d'alcoolique notoire, de ses accès d'humeur et ses débordements.

Pourtant, le soir de l'anniversaire de sa soeur Solange, il a fait un effort. Dans son gros poing serré, Feu-de Bois tenait une petite boîte de velours bleu, un cadeau pour sa soeur. Un présent, source de drames, qui va attiser les curiosités, délier les langues, raviver les vieilles rancœurs et faire resurgir un passé qu'on croyait à jamais enfoui. Un temps depuis longtemps révolu que Feu-de Bois n'a pourtant jamais oublié, à l'instar de tous ceux qui ont fait l'expérience de la guerre d’Algérie.

Parallèlement, un autre habitant qui était aussi en Algérie se souvient de tout ce qu’ils ont vécu ensemble là bas et dont ils n’ont jamais parlé, il raconte toute la nuit, nous avons le détail de toutes les horreurs, le récit est dur et lourd, il occupe les trois quarts du livre.

Ce septième roman de l'auteur, s'il prend pour cadre la guerre d'Algérie, n'est pas pour autant un ouvrage sur la guerre, mais plutôt un livre sur le pouvoir destructeur, les blessures secrètes et les marques indélébiles que la guerre laisse dans les consciences des hommes.

«Ces hommes qui pleurent dans la nuit parce qu'un jour, ils ont été marqués par des images tellement atroces qu'ils ne savent pas se les dire à eux-mêmes »

 

 

Autour du monde

OPAC Détail de noticeUne suite de récits portés par la même onde de choc, ce jour de 2011 où le Japon a tremblé.

Un comptable suisse en croisière sauve un vieux sismologue russe de la mort ; deux étrangères font, en Israël, l'apprentissage violent d'un « monde inconciliable et à jamais inséparable » ; un ingénieur malaisien retrouve, dans Moscou sous la neige, l'homme qu'il aime et dont la femme est en train d'accoucher ; un « vieux négro » anglais emmène à Rome, pour une escapade amoureuse, l'ex-fiancée de son fils, de vingt-huit ans sa cadette ; un couple d'Espagnols est attaqué, sur son catamaran, par des pirates somaliens ; un auto-stoppeur raciste et armé quitte Seattle pour rejoindre son frère aîné en Floride.

L’auteur passe d’une histoire à l’autre sans distinction de chapitre, d'une solitude à l'autre, d'un désamour à l'autre, d'un safari africain à une plongée avec les dauphins aux Bahamas, et toujours dans l'ombre portée de Fukushima.

 

 

Apprendre à finir

OPAC Détail de noticeC'est le monologue d'une femme blessée qui tente de comprendre ce qui l'a amenée à vivre dans la douleur. Pourtant, tout avait bien commencé : un mari (au début aimant) et deux fils auguraient d'un équilibre familial bien assis. Puis les années passant, le mari se fit volage, la femme jalouse, haineuse, les enfants témoins de leurs violentes disputes. C'est en allant retrouver sa maîtresse qu'il a un grave accident de voiture, le rendant muet et invalide pour plusieurs mois.

La convalescence de son mari sera l'occasion pour elle de le récupérer et de repartir sur de nouvelles bases, lui montrer combien elle est présente pour effacer la rivale, son dévouement, ses attentions : autant de bouées auxquelles elle s'accroche pour espérer.

 

 

Le lien

Ce roman est un long monologue entre une femme et son mari.

Lui est un reporter photographe épris de liberté, et qui a parcouru le monde pendant trente ans, sans jamais revenir auprès de son épouse. Elle est malade et n'a jamais quitté sa maison isolée.

OPAC Détail de noticeIl est revenu à cause de la maladie dont elle souffre et dont elle ne guérira jamais. De nouveau réunis, ils échangent des confidences, évoquent des souvenirs. Lui parle des rencontres qu'il a faites, des événements dont il a voulu témoigner par les photos, des gens dont il a pris les images.

Il lui confie qu'il pensait toujours à elle, même dans les bras d'autres femmes. Il évoque cette peur qu'il avait eue, s'il était resté auprès d'elle, que leur amour s'émiette et ne devienne haine ou indifférence comme il l'avait constaté chez d'autres.

Le lien qui a toujours existé entre eux, malgré cette longue séparation, c'est l'amour qu'ils avaient l'un envers l'autre.

On remarque le contraste qu'il y a entre ces deux vies, l'une, faite de voyages incessants à travers le monde, l'autre faite de solitude dans une maison jamais quittée.

Ces dialogues sont bien écrits, surprenants par leur philosophie et le regard sur la vie de chacun.

 

 

Ceux d'à côté

OPAC Détail de noticeCatherine est l’amie de sa voisine, Claire. Les bruits journaliers s'entendent d'un appartement à l'autre et Catherine vit au rythme des bruits de Claire.

D'un chapitre à l'autre on passe de la vie de Catherine, qui prépare un concours de musique, à celle de Claire, puis à celle de l’homme qui a suivi Claire et l'a violée.

L'auteur se met à la place de l'homme, dont on ignore le nom, et raisonne comme lui. L’homme se sait coupable, a des remords et ne peut plus se regarder dans un miroir mais ne veut cependant pas qu’on le juge.

Laurent Mauvignier a un style déroutant. Tantôt le langage parlé, avec des phrases mal construites mais voulu, tantôt le langage écrit. Il répète souvent les paragraphes et il utilise beaucoup les couleurs, surtout le bleu

 

 

Seuls

Tony et Pauline ont partagé le même appartement lorsqu'ils étaient étudiants, en étant seulement bons amis, selon Pauline. Après avoir suivi l’homme qu’elle aimait à l’étranger, elle est de retour sans lui et s'installe chez Tony, comme avant son départ, en attendant de trouver un logement.

Pour Pauline, Tony est toujours l'ami fidèle, celui à qui on peut tout raconter, sur qui on peut toujours compter. Mais Tony est toujours amoureux d'elle, même si il ne lui a jamais dit et a toujours endossé l'habit d'ami. Tony entretient cette ambiguïté, et pourtant, il en crève de cet amour inavoué et non reconnu.

Un jour, Tony n'en peut plus et va tout raconter à son père.

OPAC Détail de noticeLe roman est le plus souvent écrit à la 3ème personne. C'est le père de Tony qui semble raconter l'histoire, bien que parfois on ait l'impression que c'est Tony qui parle de lui-même tellement les sentiments sont décrit, mais parfois c'est Pauline aussi qui raconte.

L'écriture de Laurent Mauvignier fait bien ressentir l'état d'esprit et les sentiments de Tony, sa souffrance, sa solitude. Les phrases sont longues mais c’est un monologue intérieur, avec un sentiment d'urgence, par moments aussi d'inquiétude de ne pas pouvoir tenir dans le mensonge, ne plus pouvoir s'arranger avec la situation.

Le roman est un peu déroutant par l'ambiguïté de savoir qui est le narrateur, surtout vers la fin. Cela parle aussi de la difficulté de vivre avec d'autres, ceux qui sont les plus proches de nous, du manque de compréhension, de vouloir faire plaisir pour "donner à l'autre ce qu'il attend, quand il n'en attend rien".

C'est un roman sur la difficulté de dire et la souffrance du non-dit, ce qui rend les êtres seuls...

J'ai beaucoup aimé ce roman.

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